Comme vous avez pu le constater en lisant l'Express Info [*] (visible sur la page d'accueil), j'ai été enlevée la veille de mon repas de Noël par un groupe terroriste extrémiste en pleine Haute-Vienne, où j'étais partie couvrir les troubles récemment intervenus dans cette région pour la rédaction du Sixi6me Elément.
Se fiant à mes qualités de journaliste d'expérience, de femme de terrain, d'adepte des armes à feu, et d'habituée des missions délicates, Nelson André m'avait confié cette dure tâche que d'aller faire un reportage sur le Front de Libération des Marrons de la Haute-Vienne (le FLMHV) en échange d'un appareil photo numérique au pied de mon sapin le jour de Noël.
Il faut dire que je me sentais pleinement préparée pour cette mission, ayant couvert en 2003 les ébats estivaux des révoltés du Larzac, où j'avais mis près de 9 heures pour rejoindre le plateau depuis Palavas les Flots, soit 80 km de distance. Une nuit entière au volant suivie de deux journées caniculaires sans eau ne m'avaient pas empêchée d'interviewer la majorité des participants à cette réunion, soit environ 1 million de personnes.
Donc j'étais prête à aller tâter du micro et du stylo avec les sanguinaires membres du FLMHV, sans que mes poils ne se hissent sous mes bras de peur frémissante (les 49 du bras gauche, les plus sensibles).
L'accord était passé et je devais disposer d'une heure pour interviewer le chef rebelle du FLMHV, Nelson ayant discrètement fait livrer une caisse de kalachnikov à son nom.
Je partais sereine dans la Fiat Panda que Tioneb m'avait prêtée, laissant défiler les sapins à toute vibure, accrochant parfois une branche ou deux dans les virages, mais sans plus, non tout allait vraiment bien. Quand soudain un arbre s'abattit devant moi en plein sur le capot, me clouant net sous l'arbre.
Surgirent 10 hommes poilus, armés et cagoulés, qui m'extirpèrent à coup de hache (haches qui avaient probablement servi à abattre l'arbre, je suis journaliste ne l'oublions pas, y a de la cervelle sous les aisselles) en dehors de la Fiat (désolé Tioneb, c'est pour cela que je n'ai pas pu la ramener).
Ligotée, bâillonnée, aveuglée, ils me conduisirent jusqu'à leur repère en plein milieu d'une forêt de châtaigniers (je l'ai deviné parce que je suis allergique au châtaignier ; j'ai senti tiens ça sent le châtaignier et à partir de là je n'ai plus jamais rien senti car j'avais le nez tout morveux et bouché). De là je repère leur chef, un gros barbu, et commence à lui parler de la tractation de Nelson, s'il avait bien reçu la caisse d'armes.
Malheureusement ils ont été peu sensibles aux kalachnikov en plastique à ne pas utiliser avant l'age de 6 ans (tu vois, Nelson, toujours à vouloir négocier les prix les plus bas faces avec les russes, tu t'es encore fais avoir).
De là s'est ensuivie une longue période, interminable, de tortures physiques et mentales, où j'étais gavée chaque jours avec 10 kg de marrons. " On va se farcir la dinde pour la St Sylvestre qu'il disaient ", et moi je ne comprenais pas pourquoi ils me donnaient les marrons à moi. C'était sans compter mes crises d'urticaire pubescent conséquentes à l'ingestion de marrons (les allergies alimentaires, ça ne pardonne pas...).
Arrivée à la date du 31, je pensais que mes geôliers me feraient partager leur dinde. Le matin ils m'ont fait enregistrer une vidéo afin d'envoyer sur le champ une demande de rançon à la rédaction du 6th : 1 million d'euros et 100 bouteilles de champagnes (faut dire que j'avais un peu sympathisé avec mon geôlier, un beau brun ténébreux tout musclé ; donc j'aurais bien aimé arroser la dinde avec lui pour le réveillon).
La cassette a été reçue à Paris peu de temps après, ça je le sais, j'ai vu le cachet du pigeon voyageur faisant foi. Mais là, manque de chance, j'ai été brutalement expulsée par mes ravisseurs.
Tout c'est passé très vite, menottes, dos d'âne, camion, marche, et me voici à moitié nue plantée par mes ravisseurs en plein milieu d'un champ... On me dit : " tu bouges pas t'attends là y a un hélico du ministère de l'agriculture qui vient pour te rapatrier "...
J'ai attendu 1 jour. Il a plu mais maintenant c'est fini. Un bon paysan venu épandre du fumier dans son champ m'a trouvé et m'a conduit avec son tracteur jusqu'à une gare TER de Haute-Vienne, où j'ai pu rejoindre Paris en 18 heures pour faire mon rapport à Nelson.
On était le 2 janvier, Nelson, Bo et Tioneb étaient encore raides morts de leur soirée de la Saint Sylvestre. Nelson a même failli me gerber sur mes pieds. Il tenait tout pâteux dans sa main la copie d'un fax : " Ne la bouffez pas, elle a le typhus, c'est pour çà qu'elle a la gueule toute rouge pleine de pustules ". Là j'ai compris que Nelson, Bo et Tioneb avaient du manger des crevettes avariées avec le typhus.
J'ai appelé les secours.
Tout est rentré aujourd'hui dans l'ordre, Nelson, Bo et Tioneb m'ont promis qu'ils n'abuseraient plus du curaçao de crevette, du whisky à la crevette et de la gnôle de crevette. Ma cure de cortisone elle m'a redonné peau neuve fini la peau de châtaigne, mais triste sort, snif, j'ai pas eu mon appareil photo pour Noël...