Le week-end dernier, je déprimais. La raison était classique : je venais de me faire larguer par ma copine parce que, paraît-il, je mélangeais constamment son prénom avec celui de mon chien.
Mado, Médor, c'est vrai que ça se ressemble, mais bon. Peut-être que je l'ai appelée Médor une fois.
Mais pas plus.
Et puis, c'était pas grave, c'était pas comme si ça s'était produit le jour où elle m'à présenté à ses parents. Quoique… Quand j'y repense…
Bref, passons sur ce détail.
Je buvais donc une bière avec LaMouche, célèbre chanteur de bal à Plougnac et parolier du non moins célèbre crooner Rascal Obistro.
" Eh mec, 'faut pas te laisser aller ! Tiens, pour te remonter le moral, écoute ce cd ! "
Ce cd c'était Gronibard.
Gronibard est un groupe de grind metal. Je ne connais pas trop le genre, mais ça m'a plus fait penser à du punk qu'à du métal, enfin là n'est pas le propos.
Au nom du groupe, beaucoup accrocheront une étiquette "potache", voire "délire pré-pubère". A ceux-là, je dis " non ".
Non, car rarement une œuvre musicale n'aura montré autant d'audace dans sa problématique. Une démarche qui mérite d'être saluée pour sa portée philosophique.
D'une première écoute peu attentive, l'auditeur distrait ne retiendra de Gronibard qu'une musique énergique visant prioritairement à l'efficacité.
Alors que ce n'est la partie émergée de l'iceberg.
En fait, pour mieux saisir les différentes thématiques abordées, il est impératif mettre en rapport le titre des chansons avec leur contenu.
Et surtout, il faut prêter une attention soutenue aux paroles et dialogues qui parsèment l'œuvre.
Ainsi, les petits interludes qui viennent ponctuer le cd, contrairement à ce que suggère leur nature anodine, sont de véritables réflexions existentielles.
J'en veux pour preuve la piste 3 où l'on entends un homme, apparemment au restaurant, déclamer ceci :
"Moi je veux être connu. Tu sais pourquoi ? Pour niquer les gonzesses. Quand t'es célèbre, tu niques plein de gonzesses et puis aussi tu bouffes des trucs bien meilleurs qu'ici."
N'avons-nous pas là la meilleure description de l'état d'esprit de la plupart des artistes mâles tout juste sortis de l'adolescence ? N'est-ce pas la substance même du rock'n roll ?
Peu de titres comportent en fait des paroles. Par contre, quand il y en a, on ne peut qu'être terrassé par leur engagement jusqu'au boutiste.
Piste 17, Va faire la vaisselle
"Va
Faire la
Vaisselle sale morue
Ou
T'auras
Ma bite dans ton cul."
La parfaite métaphore du combat de l'artiste contre la rapacité des conglomérats des maisons de disques.
David contre Goliath.
Les Schtroumpfs contre Gargamel. ( A ce propos, regardez comme la retranscription écrite de ce couplet a la forme d'une moitié de champignon. Un clin d'œil à nos petits amis bleus ?)
Qui aurait pu penser que derrière ce simplisme apparent se cachait une énergie farouchement revendicative ?
Ebahi par la beauté de l'œuvre, je me permets tout de même un léger spoiler en vous dévoilant un extrait du dialogue/interlude de conclusion :
Stéven : Si je comprends bien, on s'est tapés une enquête super dure alors que si on vous avait rencontrée avant, on aurait pu niquer tout de suite sans même être célèbre. [Stéven parle de et à So-So, demoiselle qui vient de dévoiler sa nymphomanie]
So-So : Alors que moi, pendant ce temps-là, je me la suis donnée grave.
La vanité de la célébrité, le miroir aux alouettes. En un simple petit dialogue, que de concepts abstraits concrétisés de façon claire !
Il est à noter que le budget "voix" a dû être conséquent puisque l'on reconnaît entre autres la voix de Cobra (le pirate de l'espace au bras canon laser) et celle de la mère de Brenda et Brandon dans Beverly Hills.
Un gage de qualité.
Gronibard est une œuvre de qualité à réserver néanmoins à un public averti en raison de la crudité des discussions philosophiques. (De toute façon, je n'ai jamais vu un enfant lire du Platon.)