Une fille qui crie fort, des guitares qui sentent le plastique fondu, des vieux micros qu'on collectionne… Voici un groupe anglais qui nous fait partager ses ongles cassés.
Kaito vient de Brighton, ville luxuriante d'où il ne semblerait que le groupe n'ait tiré aucune influence.
S'il on veut comparer ce son sale à des entités préexistantes, il faudrait se tourner vers leurs camarades d'outre-Atlantique, des légendes du rock pulsatif comme Sonic Youth, Pixies ou les Liars, des groupes qui cultivent cette idée d'une musique âpre, sans concessions, faites de "bruits blancs" et de naïveté post soixante-huitarde.
Kaito a d'ailleurs tourné un petit moment entre Seattle, San Francisco et New York, et le groupe de conclure :
"C'est sans doute plus dur pour un groupe anglais comme nous de s'imposer en Angleterre, où les gens sont plus fans de Coldplay que des Yeah Yeah Yeahs. On est aujourd'hui plus underground en Angleterre qu'aux États-Unis."
Vieux poncif de chroniqueur européen sur le retour : nul n'est prophète en son pays.
Sur le tube dancefloor Try Me Out, les chœurs saturés donnent un petit goût pop attendrissant à un morceau brutal, à l'écoute duquel on a du mal à rester statique.
Je ne connais pas personnellement le groupe mais j'aimerais bien sortir avec la chanteuse Niki Colk, elle a déjà mis le feu à mes tympans d'ailleurs.
Il est toutefois des morceaux qui savent raviver nos sentiments d'amitié et nous donnent envie de danser un slow avec des personnes âgées.
La bombe Moi propose, en deux partie, dans un premier temps de chialer en écoutant les gémissements des guitares et de Niki, puis de s'endormir avec trois minutes de tic tac d'une horloge de grand-mère (justement).
Vrai album de rock (36 minutes), Band Red (Bande Raide en français) laisse une trace rouge sur la joue comme une sentence masochiste dont raffole la plupart des rock stars (je pense notamment aux Grünge Wave qui se droguent aux germes de gastro-entérite pour "avoir une voix plus fluide", dixit Kenobi).
Pour finir sur ce charmant disque il reste peu de chose à dire, si ce n'est que si vous aimez les poils et les amalgames graisseux sous les aisselles en forme de boule, si vous aimez le cul et la rigueur administrative, écoutez ce disque sur votre petit poste de camping (si je peux me permettre, je les collectionne, vous avez des propositions intéressantes ? Je suis preneur) et bougez ce qui vous reste de sensibilité avec bonheur.
Kaito - Band Red (Blast First/Labels)