A peine termina t-elle sa phrase qu'elle échappa son calepin de commande.
Elle se baissa pour le ramasser.
Une multitude de paires d'yeux l'accompagnèrent.
- - Je vous prie de m'excuser… (En me regardant.) Euh, monsieur s'il-vous-plait, pourriez-vous cesser de me fixer en-dessous du cou ? Alors, avez-vous choisi ?
- - Oui… Un miche kébab marmonnai-je, tout absorbé par ma vision de rêve.
- - Ha ! Ha ! Monsieur est blagueur ! Quelle taille ?
- - D… Ou plutôt E… Plus que ma main peut en contenir en tout cas !
- - Donc, un kébab royale, traduisit-elle tout en notant sur son carnet. Elle ne put camoufler un court rictus sur son visage. Et comme boisson, ce sera ?
- - Du lait.
- - Je suis désolé mais je n'ai pas de lait monsieur.
- - Pourtant à ce que je peux voir, nonobstant une éventuelle faiblesse passagère de mon acuité visuelle, vous dégagez un potentiel physique qui aurait tendance à me laisser croire que vous seriez la personne idéale ici même pour accéder à ma requête.
Venue de nulle part surgit alors une paire de mains qui me déboîta la mâchoire inférieure.
- - Alors, vous disiez ?
- - Je ne peux pas toucher ? Rien qu'un p'tit peu ?
Venue de nulle part s'écrasa sur mon visage une salve de poings anguleux.
Le petit ami de l'aguicheuse (tout du moins, je le suppose), était assis auparavant à la table d'à côté.
Ayant suivi le déroulement de la scène, il venait de me faire comprendre -avec une insistance un peu trop appuyée à mon goût- que la réponse se résumait à un non ferme et définitif.
L'impayable Roger déguisé en mime.
Je croyais la leçon terminée quand un " BASTON !! " hurlé déchira la quiétude de l'estaminet, prélude sonore à l'atterrissage inopiné d'un rat volant apeuré en plein sur mon nez.
Oodile Deret venait d'arriver.
Je dois signaler à titre informatif que se trouve de l'autre côté de la rue une animalerie.
En grande amie des animaux, Oodile n'avait pu s'empêcher d'y acheter le rongeur sus-cité.
Revenant dans le restaurant à l'instant où ma dentition subissait une attaque soutenue, elle se mit à imiter Thierry La Fronde, substituant au lance-pierre le rat nouvellement acquis.
La deuxième photo exclusive de la serveuse, faite par Motus Bob avec son appareil tout nouveau.
C'est incroyable comme les messages les plus courts peuvent être mal interprétés.
Suite au cri d'Oodile, mes compagnons de tablée, au lieu de venir à ma rescousse, se jetèrent sur moi avec une véhémence toute belliqueuse.
En définitive, ce repas fut une réussite due autant au confort du cadre qu'à la nourriture servie qui relevèrent tous deux d'un très haut standing.
La seule réserve que je pourrais émettre -qui ne me concerne toutefois qu'à titre personnel- est que je suis depuis ce jour-là dans l'incapacité d'ingérer le moindre kébab si je n'ai pas reçu auparavant une ou plusieurs gifles et si je n'ai pas sous les yeux le catalogue de la Redoute ouvert à la page Wonder Bra.