L'hypothèse qui prédomine dans la recherche scientifico-électronique actuelle est " un Robocop peut être enceinte ". De nombreux récits d'anticipation se sont penchés sur la réflexion de la machine évolutive et émancipée du contrôle humain.
En ce moment, on est même obligé de se farcir une ribambelle de films de prévention sur l'éradication prochaine du règne humain par l'intelligence artificielle.
Pour faire simple et s'éviter le calvaire d'un visionnage inutilement supplémentaire de la trilogie Matrix (bon d'accord, le premier…), il suffit de se remémorer la scène d'ouverture de Robocop, au cours de laquelle un nouveau modèle de machine à faire la justice se retourne contre son créateur et le fait passer par la fenêtre en pleine réunion de présentation à ces raclures du service marketing (cet exemple marche aussi avec Terminator, Blade Runner, Erin Brokovitch et Mon Cul Sur La Commode vol.5).
La présentation d'ED209 dans Robocop
Il existe une manière différente d'envisager le problème en passant par le biais du divertissement. Faisons de ces machines de simples jouets amicaux plutôt que des outils indispensables pour faire les tagliatelles au citron.
C'est le parti que semble prendre le Baron5 avec son fort beau disque It's So Nice When You're My Toy.
Cet album se compose en majeure partie de pièces digitales où les instruments digitaux laissent transparaître les côtés les plus émouvant de leur âme numérique. Les ritournelles orchestrées par Julien Van Aerschot font se fusionner l'esprit vivant des instruments acoustiques avec la froideur primitive de son studio électronique.
Le bonhomme se présente comme un véritable charmeur de machine ouest-philippin et extrait de ses jouets une musique bouleversante de sincérité.
Les machines chantent avec coeur dans une ambiance de cabaret enfumé. Cette image vient à l'esprit alors que s'offre à nos tympans le spectre sonore de ce disque.
Et pour cause : au commencement, le collectif barré du Baron5 était un groupe de créateurs pluridisciplinaires dont le travail pris la forme, en premier lieu, d'un spectacle de cabaret déjanté.
Le 17 Janvier 2003, l'unique représentation se joue dans un Théâtre Mami (Bruxelles) comble avec pour accompagnement sonore ce qui constituera les fondations de It's So Nice When You're My Toy. Il faudra attendre l'année 2004 pour que Le Baron5 se concrétise en tant que projet musical à part entière (avec le lancement en parallèle du label b .y_records).
Il en résulte une œuvre de haute volée qui évoque la bande originale d'un film. Les références sont nombreuses et la richesse du disque se révèle d'une manière différente à chaque nouvelle écoute.
Le résultat donne une musique joyeusement bancale à la manière des personnages des films de Tim Burton comme Edward aux mains d'argent, un poète condamné à blesser tout ce qu'il touche.
Tout comme les films de Burton, l'atmosphère générale qu'impose Le Baron5 rappelle l'enfance, une chambre remplie de jouets et d'univers imaginaires, à la fois inquiétante et excitante, comme un monstre caché dans un placard.
Le chant des machines de Julien Van Aerschot emprunte de nombreux chemins, fréquentant les bars de la butte Montmartre (notamment sur les deux morceaux très jazz Missive et Ballade Mon Amour et le latin jazz sur Domain , construits autour d'un piano, d'une contrebasse et d'une batterie), passant un samedi après midi à la fête foraine pour se prendre une cuite à la liqueur de barbe à papa dans les montagnes russes (Drunk Trompet et Pleurs d'éléphants qui rappellent les travaux festifs de Kimmlerei) ou s'attardant sur un levé de soleil champêtre (Ambiant#).
Cette épopée sonique se clôt dans la mélancolie technoïde de Toy's Land et Fin de Toi, très proches d'une certaine vision de la techno venant de Detroit que l'on retrouve dans la musique d'Ectomorph et plus récemment de Der Zyklus.
It's So Nice When You're My Toy est un road movie musical, un disque mouvant qui emmène l'auditeur danser au bal de promo, non sans lui avoir fait gober un petit quelque chose avant de partir. Pour qu'à son tour il devienne un jouet.
Pour écouter des extrait de l'album : http://www.byrecords.com/radio/index.php