Le plein de super, de Alain Cavalier avec : Etienne Chicot, Patrick Bouchitey, Xavier Saint-Macary, Bernard Crombey.
Sorti en 1976.
Il y a de cela presque 30 ans sortait dans la France nouvellement giscardienne et encore un peu coincée des fesses Le plein de super, un road-movie français. Les Etats-uniens avaient Easy-Rider, Alain Cavalier nous a donné Le plein de super, l'histoire de quatre types qui traversent la France du Nord au Sud.
Synopsisons : un jeune vendeur dans une concession automobile, mal en couple, rigide, stressé et " fécond à 0% " (interprété par Bernard Crombey, mais si, le grand Bernard Crombey) doit conduire la voiture d'un bon client de son chef du pluvieux nord au chaud sud au grand dépit de sa désabusée épouse.
Il emmène avec lui un ami (une autre star, Xavier Saint-Macary), dragueur moustachu, qui n'hésite pas à montrer son détail corporel masculin à un obsédé pour gagner de l'argent dans leur périple.
Avant d'entrer à Paris, ils prennent en stop le charismatique et alors tout jeune Etienne Chicot qui s'incruste dans la bagnole avec son colocataire, l'excellent Patrick Bouchitey, désorienté et fragile.
Leur but : Aix-en-Provence, où réside l'ancienne moitié d'accouplement de Chicot qui refuse de lui laisser voir leur fils de cinq ans.
C'est donc parti, avec les traits inhérents à ce genre : étude de la personnalité des personnages, évolution de la psychologie des protagonistes et de leurs relations, voyage à travers une contrée. C'est fait et avec qualité.
Les quatre gars ne sont pas caricaturés (on aurait pu le craindre pour le personnage du dragueur et du vendeur stressé) mais interprétés en finesse par deux acteurs aux coiffure/moustache 70's qui forment un couple de potes complémentaires : Saint-Macary (il est mort en 1988 pas la peine chercher des films récents) et Crombey (il a entre tourné dans Les acteurs de Blier),
Face à eux, un autre duo complémentaire. D'un côté, Chicot, charismatique dans son rôle de jeune père dissimulant la frustration causée par l'absence de son fils sous une désinvolture insolente voire agressive.
De l'autre, Bouchitey qui distille la douceur et sensibilité d'un être troublé sentimentalement, portrait qui rappelle largement un drame sorti la même année où on a pu le voir exceller, La meilleure façon de marcher de Claude Miller.
Bouchitey, Chicot, Saint-Macary,Crombey
Le plein de super propose une heure et demie de voyage léger, rythmé par la complicité visible entre les quatre acteurs.
Pas de situations-bâteau ou conventionnelles, Alain Cavalier propose un film avec des vrais sentiments, c'est-à-dire de ceux qui ne sont pas vomis à l'écran à l'aide de torrents larmes et des paroles vides, mais qui doivent être perçus à travers la retenue et l'humilité des personnages un peu perdus, mais jamais tout à fait désespérés.
Bref, un bon film boudé en 1976 (certains dialogues à la sauce Blier n'ont pas du aidé à dérouiller les postérieurs dont je fais mention en introduction), pas disponible à ma connaissance en DVD, mais qui est sorti à nouveau en juin 2004 pour la grande joie des clients des quelques salles de cinéma l'ayant proposé.