Les sports nautiques coréens restent un mystère pour nos spécialistes.
Certes, il y eut la diffusion de ce surprenant documentaire qui nous fit découvrir les courses de jet ski en baignoire en plein milieu du port de Kobe. Cette enquête inoubliable était à l'époque passée inaperçue, et pour cause, elle était diffusée par une chaîne de télévision sud-coréenne n'émettant que sur le sol philippin.
Au diable l'anecdote, ce fut le point de départ de l'aventure du film dont il est question ici, Printemps, été, automne, hiver… et Printemps.
En effet, Kim Ki-Duk (réalisateur et acteur) et Oh Young-Su (acteur) décidèrent, après le visionnage de ce reportage (sur une cassette prêtée par un voisin qui s'avère être le correspondant allemand de quatrième de Fabrice Luchini, comme le monde est petit), de faire exploser au grand jour et au visage du monde entier la passion des Coréens pour les jeux et sports d'eaux.
Fautes de compétences, le projet ne pourra pas prendre la forme d'une ligne de produits de beauté comme l'auraient souhaité Oh Young-Su.
Après une semaine à se morfondre, enlacés dans leur chambre qu'ils louent à un restaurateur en plein centre de Séoul, en proie au doute et à la morosité, nos deux compères décident de faire ce qu'ils ont toujours su faire depuis qu'ils sortent ensemble : du cinéma. Ils ont déjà l'expérience du travail en commun depuis le film L'enfant bonze, sur le tournage duquel ils se sont rencontrés.
L'esprit créatif de Kim boue et déborde déjà d'idées novatrices. Le décor de leur film aura pour cadre un étang perdu au milieu des montagnes. Les personnages, un vieux moine (rôle tenu par Oh Young-Su, dont il ne sera plus question dans cette chronique) et son jeune apprenti (7-12 ans maximum), vivent sur une maison flottant à la dérive sur les eaux calmes de l'étang.
Sur fond de chronique zen et champêtre dans laquelle on voit évoluer les protagonistes au cours des saisons (d'où le titre du film), Kim Ki-Duk intègre à son œuvre une description détaillée du large éventail de sports aquatiques pratiqués en Corée.
Ainsi, le moine et son élève se laissent aller dans des démonstrations éloquentes de pédalo en eaux vives, de descente de cascade en catégorie de débit de moins de 3 mètres cubes par minute, de patinage de vitesse sur Short Track sur l'étang gelé…
La production n'a pas fait sa mesquine et a fourni à l'équipe de tournage un véritable arsenal d'infrastructures et de matériel sportif dernier cri (la Coréenne des eaux est d'ailleurs créditée au générique).
Les acteurs se sentent pousser des ailes et tentent les cascades les plus insensées : course en tongues à semelle de bois compensées sur rocher humide, baignade dans l'eau gelée qui se soldera par le décès d'une jeune actrice arrivée sur le tournage par hasard (au cours d'une promenade en forêt).
Par respect pour cette dernière, le réalisateur a intégré, dans le montage final du film, les rushes de sa chute et de son agonie dans l'étang glacé. Le rêve prend vie et Kim Ki-Duk fait l'erreur de ne pas savoir s'arrêter dans la surenchère d'effet de genre.
Le film est nettement découpé en cinq parties (une pour chaque saison plus une cinquième pour un printemps supplémentaire).
A chaque saison correspond une étape dans la vie de l'élève et de son maître : le printemps de l'enfance et de l'exploration du monde, l'été de l'adolescence et de la découverte de ses organes génitaux, l'automne de l'âge adulte et de l'émancipation, l'hiver et la mort du vieux moine, et enfin, le retour du printemps avec l'arrivée d'un nouvel orphelin au temple qui sera élevé par notre cher apprenti, devenu vieux et sage, digne successeur de son défunt maître.
C'est dans cette poétique et charmante vision de la vie que le film perd son intérêt. Là où le spectateur souhaiterait avoir une succession de sketches sportifs (comme dans Les 11 commandements, de Jean-Philippe Philippe), le Kim Ki-Duk ne peut s'empêcher d'ajouter le récit touchant de destins brisés qui tentent de se reconstruire dans une communion intime avec la nature (les frottements lascifs du vieux moine le long des arbres en disent long sur la force des relations qu'il entretient avec Dame Nature).
La mise en scène mélancolique et la galerie des personnages hauts en couleur apportent, certes, beaucoup au charme du film. Mais on voit mal le rapport avec les sports nautiques. La production a d'ailleurs imposé un changement de titre à la dernière minute, remplaçant celui initialement prévu (L'eau du robinet ne gèle pas à 0°), par Printemps, été, automne, hiver… et Printemps.