Un an après la sortie d'Esthétique de l'art musical, Grünge Wave revient en force avec Le suicide d'Apollon, corpus de 17 documents à caractère musical mettant en valeur les formes retrouvées d'un groupe que l'on croyait jadis en perdition.
De la platitude ne peut naître que le relief, disait Othon II, et il avait raison.
On retrouve le percussionniste Skrölm Scalpelman dans un petit bar du 4ème arrondissement de Marseille où le nouveau Vinnie Abbot a ses habitudes. " Ici c'est mon QG " sourit ce petit barbu, en allant tâter une queue un peu plus loin.
" Le billard, c'est ma seconde passion" rit-il, en posant son ventre sur la table de jeu après avoir estimé d'un rapide coup d'œil les options tactiques qui se proposaient à lui.
Skröm Scalpelman est énervé en dépit de ces quiètes apparences. En effet, la maison de disque de Grünge Wave, So-6son Records, a limité à la seule outro la présence musicale de notre hôte dans le dernier album du groupe.
" J'ai la conscience tranquille. Au moins, moi, l'album j'ai pas eu à le travailler à genoux sous les bureaux des producteurs … ". Clin d'œil infectant nos points de vue de sous-entendus vis-à-vis de son ancien compagnon musical, à savoir le compositeur-chanteur- guitariste-fondateur de Grünge Wave, Kenobi ?
Les Elie et Dieudonné du shitmetal ne se sont plus revus depuis les Dyo nights 2004, le célèbre festival de rock rural qui s'est déroulé à Buenos Aires en décembre. Skrölm était alors arrivé très en retard, ce qui avait contraint un Kenobi offusqué à des interprétations en duo (avec l'également en voie de disparition grungewavienne, DRaz ).
Le public en furie des Dyo nights 2004, un quart-d'heure avant la chute de l'un des projecteurs sur ce même public
" Je suis un radical du shitmetal " rigole Skrölm, en découvrant ses dents colorées à la bière et agrémentées de particules organiques. " Je refuse catégoriquement les évolutions pernicieuses en direction de je ne sais trop quel mouvement moderniste tel que proposé par cet imberbe anal qu'est cette face de pet de Joey Sakic " rote t'il, une choppe vidée à la main et un nuage de mousse sur les poils nasaux.
Il faut dire que le jeune Joey Sakic et son crew sont des collaborateurs désormais permanents de Grünge Wave, tellement permanents que le pauvre Skrölm a l'impression de devenir au mieux la quatrième roue du tricycle, au pire, un remplaçant que Kenobi n'appellerait que pour satisfaire un sentiment de pitié, qui d'ailleurs s'estomperait de plus en plus.
" Grünge Wave, en fait, ça devrait s'appeler Kenobi et ses amis. Marre d'être un guest ! " hurle le malheureux Skrölm, en essuyant son nez dans sa barbe multifonctions. " C'est quand même moi qui fait les rythmiques dans I have a gun to kill you. Dans les sessions impros de 2002, dans le précédent album, j'étais là ! Je ne comprends pas. Kenobi est vraiment un égoïste " sanglote le Dave Grohl à barbe, en secouant ses tresses de poils d'oreilles qui se rejoignent esthétiquement au niveau de son monosourcil.
A la fin de notre entretien, Skrölm nous apprend qu'il prépare un album acoustique avec l'instrument qui lui est cher. " Je compte devenir le Santana du xylophone. Le xylophone agit sur moi comme une madeleine de Proust : mes années de classe maternelle me reviennent en jouant. Quand tinte le xylophone, les événements de cette époque bénie resurgissent en moi : les Assises pour mineurs, ma première bléno, Théoberthe (sourire fat)…ah Théoberthe…et puis ma deuxième bléno, mes deuxièmes Assises ".
Enfin, Skrölm se lève de table, rentre son ventre dans son short, ramène son mètre quarante chevelu agrémentant ses tempes sur le sommet dégarni de son crâne, lubrifie son crochet, nous salue de sa main valide et sort du bistrot avec cette impression olfactive que le cafetier est en train de sortir les poubelles.
Et comme de tout temps, les grands artistes finissent dans la misère et sont appréciés par les générations postérieures, je suis allé brûler une crèche pour éviter que pareille erreur ne se produise.