Quand j'étais en maternelle, j'étais fou amoureux d'un jeune obèse, fils de buraliste, qui partageait notre table à la cantine.
Âgé de 42 ans, il était jardinier à l'école. J'aimais admirer sa barbe mourante et sa jambe droite (plus petite que la gauche mais tellement plus adorable).
A l'époque je n'ai pas su trouver les mots et je ne le regrette absolument pas.
Mon premier amour a été emporté par une sclérose en plaque à la clavicule l'été dernier. Il nous a quitté sans réaliser son rêve de minot : chanter dans un groupe de dance-music. "Aucun groupe ne sera capable d'accueillir un chanteur ayant une langue hypertrophiée" furent ses derniers mots sur un transat à Biarritz.
Six ans après sa disparition tragique dans un accident de la route, apparaissait le courant IDM (Inteligent Dance Music) dans les charts mondiaux.
Les fumistes du label Warp, Aphex Twin, LFO (qui sais-je encore ?…) déferlaient sur les dance-floor avec un son radicalement différent.
La particularité de cette tendance : l'intelligence. Comprenez en langage de rock-critic illuminé : l'inaccessibilité aux auditeurs moyens.
L'autre particularité de l'IDM : sa capacité à accueillir une foule de chanteur obèse à la langue hypertrophiée sur ses fréquences extrêmes.
Depuis, le radicalisme qu'on entendait en ces mélopées syncopées (une musique qui se traduit en mots par "pfuit-pchit-bbrrrrrruiiimmm-pot-kat-tchi- pot-kat-tchi- pot-kat-tchi-refrain-pot-kat-tchi- pot-kat-tchi- pot-kat-tchi") est devenu habituel et la moindre petite starlette R'n'B suédoise donne dans le "pot-kat-tchi".
Timbaland, le producteur fou responsable des plus beaux moments de la dance-music moderne comme le Try Again de feue Aaliyah, fut un des fier représentant de l'accouplement IDM-pop dès la fin des année 90.
Une musique qui à la fois met le feu à nos Adidas et nous retourne le crâne, voilà qui aurait été comme un préservatif pour enfant à la langue de mon premier amour horticulteur.