Tom a entendu dire que dans un pays, la plupart des gens sont tout le contraire de ce qu'il est, lui. Le Japon.
Pas folle la guêpe, et surtout habituée au développement artistique d'idées financièrement profitables, l'ex mari de Drew Barrymore (flash-back, image ralenties en noir et blanc, violons macabres, j'en profite pour vous apprendre qu'ils sont divorcés, j'avais oublié de le dire un peu plus haut) sent bien que s'il allait délirer sur l'île des samouraïs et des poissons crus, ça provoquerait inévitablement un décalage d'ordre humoristique résultant d'un choc culturel.
Et qui dit décalage comique, dit public content (devise du Sixi6me Elément, qui je vous le rappelle est LE summum de l'humour décalé sur le web, si si).
C'est alors que MTV débloque une somme astronomique pour la production d'un projet dans lequel Tom Green serait lâché dans la nature nipponne, armé de sa potacherie maladive et considéré par les autochtones comme mortellement dangereux pour la culture zen.
En plus de faire marrer les gens, ça pourrait leur apprendre comment on vit en dehors du Texas, se disent les golden boys en chaussons de chez Music TeleVision.
Nous sommes en 2002. Jackass a déjà conquis le monde de la connerie. Tom, lui, est un vieux brisquard de la débilité. On ne la lui fait pas, hors de question qu'il s'abaisse à faire le mono-couillon avec des crocodiles ou des pétards pour amuser la galerie.
Non. Notre héros s'entête à développer son humour mental. Et pour cela, il met en scène des sketches complexes sur l'élaboration desquels son équipe a parfois planché plusieurs secondes.
Pour exemple, je ne peux m'empêcher de vous rapporter ce qui, je pense, est le chef d'œuvre de la Subway Monkey Hour.
Partant à la découverte de ces dortoirs capsules que l'on trouve au pays du soleil levant (sorte d'hôtels Formule 1 minimaux où les chambres se limitent à une capsules comme celles qu'utilisent les voyageurs de l'espaces dans la Planète Des Singes version Charlton Heston), Tom se propose de distribuer des tee-shirts aux résidants de l'hôtel à une heure tardive de la nuit (3 heures du matin).
Jusque là rien de révolutionnaire me direz vous, " il va juste réveiller les gens en pleine nuit, c'est un grand classique ". Sauf qu'il faut ajouter la touche Tom Green à la liste des ingrédients.
Il débarque déguisé en fourchette : casque avec la forme du fameux couvert malheureusement trop peu connu au Japon et combinaison moulante argentée.
Cet accoutrement est peu suggestif (on identifie une fourchette après 3 visionnages de la bande vidéo) et semble très pénible à porter : entre deux attaque de dormeurs, étouffé par la fourchette géante en polystyrène qu'il porte autour du cou, Tom Green est contraint au vomissement brutal.
Reprennent ensuite ses tentatives désespérées pour donner à la situation une réelle consistance humoristique.
En vain, il ne se sortira jamais de la simple saynète ridicule (qui reste, cela dit, un art noble, dont on atteint ici l'excellence) qu'il sera obligé d'interrompre par un fabuleux " what are we doing here ? " envoyé à la caméra en guise de pirouette finale.
Ce n'est qu'un exemple. Ces trois quarts d'heures explosifs regorgent de ce genre de saveurs débiles et attendrissantes.
Parmi elles : Tom se déguise en Elvis pour faire du karaoké dans un temple, Tom s'incruste dans un concert de progressive rock, Tom met un godemiché et un talkie-walkie sur le tapis roulant d'une cafétéria (i just put a dildo in the food, what's the big deal ?), Tom capture un babouin des neiges, Tom machin, Tom truc...
Un feu d'artifice de société contemporaine pour tous ceux et toutes celles qui regardent la télé au moins par jour avec une part de pizza au pied droit et une légère angoisse à l'estomac.
Si vous ne vous reconnaissez pas dans cette description, oubliez tout ce que j'ai écrit.