Dans la série " chefs d'œuvres oubliés de la musique de danse ", voici l'album Solid Sate Survivor des japonais du Yellow Magic Orchestra.
Il s'agit d'une bien belle pièce à laquelle il est indispensable de jeter une oreille avant de décéder. Pour mieux cerner ce bijou, un petit historique de la vie de ce groupe charismatique s'impose.
Ryuishi Sakamoto (sac à moto en français) est une de ces personnes qui oublie souvent les clés de l'appart' en partant au boulot.
Heureusement pour lui, à chaque fois que cette tuile lui tombe sur la tête, il s'en rend compte dès que la porte claque sous son nez. " Putain, j'ai laissé les clés à l'intérieur ".
La scène se passe à Tokyo aux alentours de l'année 1975. Ryushi fréquente alors l'Université nationale des beaux-arts et de la musique de la capitale japonaise. Le pays se remet doucement du choc pétrolier, les tresses des filles volent au vent : le jeune homme a la belle vie.
Son père est PDG de la fameuse marque de tables de tennis de table connue encore aujourd'hui jusqu'à Berlin. Le ping-pong n'a pas encore la notoriété qu'il connaîtra à partir du milieu des années 90 avec Jean-Phillipe Gatien. Les contrats publicitaires se négocient à 3 yens et l'entreprise familiale prospère.
Certes, la tradition aurait voulu que Ryushi prenne la succession de son père à la tête de l'empire de la table de ping-pong. A l'apparition de ses premiers points noirs, le fiston n'y est d'ailleurs pas tout à fait opposé.
Mais voilà, comme dans toutes les tragédies qui se jouent en ce bas monde, un rebondissement va avoir lieu.
Nous sommes en 1973, l'année durant laquelle se déroule le premier Congrès des pongistes Est Mandchous originaires de la Côte de Sable Noir. La famille Sakamoto y tient le stand le plus vaste (12 m² sur trois niveaux) et distribue autocollants et pin's Mercedes pour asseoir son image d'entreprise petite bourgeoise du 11ème.
Ryuishi met la main à la patte et participe à la soirée de clôture en présence du jeune DJ Los Angeles aux platines du centre culturel de Tokyo Droit. Sur la piste de danse, il demeure fasciné par les musiques occidentales qui envahissent ses tympans.
Lors de cette soirée qui devait changer la vie du jeune con (il avait, en effet, déjà commis quelques débilités puériles dans son quartier comme vider un bidon de 2 litres d'essence dans les pots de fleur de la vieille d'en face), Kraftwerk et Giorgo Moroder ont sûrement dû baiser dans sa tête.
Dès lors, la musique deviendra la vraie passion de Ryuishi.
Après plusieurs engueulades avec son géniteur pour savoir quel film ils allaient regarder ce soir (on ne saura jamais quelle fut la décision finale, bien que quelques spécialistes argentins penchent pour la théorie du De Funès du mardi), l'aîné des Sakamoto obtient l'aval familial pour se lancer dans une carrière musicale.
Il entre à l'université où il découvre les nombreux dérivés du saké et du Doliprane (doliprane en japonais). Au lieu de réviser, il passe ses premiers week-ends d'étudiant à vomir dans les coins de sa chambre de la Cité U de Kobuke-Sous-Bois. Ses proches le croient perdu et médicalement mort.
Au cours d'une soirée vin rouge et brie, il rencontre sa future femme Gilaku (équivalent français de Ghislaine).
Son existence prend un nouveau tournant. Le branleur invétéré reprend goût aux responsabilités et trouve même un travail de peseur juré sur le port de Kobe pour ne plus être dépendant de son père (qui souffre d'une cystite le clouant aux trois chiottes de sa demeure tokyoïte durant l'été 1976).
Les affaires fonctionnent, il s'installe avec sa meuf (" ouais, ça y est, il s'est installé avec sa meuf " Cynthia Sakamoto, sa mère) et s'achète un clavier à roulement à billes dernier cri.
Pour la petite histoire, il paraît qu'il l'a revendu à Lionel Ritchie en 81, qui lui-même en fit cadeau à son neveu, qui posa avec le fameux clavier à roulement à bille pour une campagne d'affichage pour la liberté d'expression des musiciens blancs américains en Pologne.