Réalisant peu à peu que ma vie n'était qu'une addition de malheurs, je décidais de me rebeller contre la société néo libérale dans laquelle je me mourrais.
Enfourchant mon solex à double roues motrices, je quittais le domicile familial pour un voyage initiatique qui devait me faire parcourir la Lozère du sud-ouest. Désirant renouer avec la nature, j'avais pris la décision de n'apporter aucun vêtement.
J'évoluais donc dénudé sur mon noir deux-roues, pensant au contraste de l'homme et de la machine et cherchant de quelle manière je pouvais relier cette réflexion à une notion quelconque. Ces occupations philosophiques m'éloignèrent de réalités plus prosaïques : je ne m'étais pas aperçu que les nuisances sonores émises par mon solex dépassaient leur moyenne habituelle.
Je réalisai donc que mon moteur s'était détaché quand je tentais de m'extirper du fossé dans lequel j'avais chu. Jurant et maudissant la mécanique, je m'abstins rapidement de donner des coups de pied sur la dépouille de mon véhicule, suite à une unique tentative malheureuse qui me cause toujours une grande douleur au niveau du gros pouce, bien que moults mois se sont écoulés depuis.
Et c'est en me relevant que je le vis.
Il était là, accroupi, les cheveux hirsutes, la barbe flottante. La présence de balafres sur son visage me fit tressaillir : il avait sûrement du combattre des ours et des loups pour survivre (j'appris plus tard que ces balafres étaient en fait des séquelles de brûlures dues à de la purée qu'il avait oubliée dans une casserole et dont la masse bouillonnante lui avait giclé à la figure). Craignant que son apparent exil de la civilisation ne lui ait causé des troubles frustratoires dans le domaine extra-sentimental, je m'empressais de dissimuler les principales parties corporelles qui attirent systématiquement l'œil humain lorsque l'habit est inexistant.
Mais c'est avec surprise que je l'entendis m'adresser la parole. Il m'affirmait vivre volontairement en retrait de la société ; son unique joie de subsister était sa console Saturn, mais dès qu'elle devint définitivement démodée et que plus aucun jeu ne fut édité, il en conçut un fort chagrin. Errant sans but, il avait alors atteint sans trop savoir comment la Lozère du sud-ouest. Il passait ses journées à inventer des jeux avec ses cd roms de Saturn. Ne pouvant me résoudre à laisser échapper ce rentable filon d'étude ethnologique, je décidais de rester auprès de lui. Pour sa part, il était heureux que je reste, ayant trouvé un compagnon pour ses parties de freesbee.
Nous décidâmes donc de fonder le Sixi6me Elément, à son initiative il est vrai, mais également à celle d'un de ses amis (du temps de sa vie séculière) qui nous rejoignit peu de temps à près.
Cet homme de la nature, cet amoureux de la Saturn, ce traumatisé de la purée, c'était Nelson André.