Je me souviens, l’an passé, j’étais allé à une fête étudiante, accompagné d’une jeune damoiselle, étudiante togolaise répondant au doux nom de Ragondine.
Ragondine m'avait appelé un peu plus tôt pour s'enquérir de mon éventuel déplacement dans ces lieux de " haute débauche que sont ces soirées où de jeunes excités et des chiennes chaudes et sensuelles attendent l'heure de la danse pour se palper mutuellement leur corps dans d'immondes caresses lascives, débutant par d'obscènes baisers avec leurs langues aphteuses et s'achevant dans de vils accouplements bestiaux dans les toilettes, sans oublier ces invertis qui sous prétexte de l'ouverture d'esprit de la société corrompue actuelle, n'hésite pas à multiplier œillades et pornographiques attouchements en direction de jeunes personnes jusque là épargnées par ce fléau, et qui se laissent abuser par un vain désir de sensations contre-nature, dame Nature châtiant par ailleurs ces ignobles au réveil en leur infligeant d'horribles douleurs au niveau du sphincter de la déjection pâteuse et noircie " (Nelson André).
Ragondine, au début de la soirée.
La soirée fut pour moi une réminiscence de certains repas de mon enfance, lors de déjeuners dominicaux qui s'éternisaient et où j'étais le seul enfant. Assis sur une chaise à siroter mon jus de pomme, je ne parvenais pas à être motivé pour remuer mon buste et mes membres sur la piste de danse où la jeunesse estudiantine virevoltait irrégulièrement, riant et s'éreintant. Ragondine m'avait lâchement abandonné, elle qui m'avait prié de l'accompagner afin de ne pas être seule.
Timide et désœuvré, je décidais d'appeler Nelson André.
- Allô Chef ?
- Quoi c'est ?
- Je suis à une soirée emplies de charmantes demoiselles souriantes et affables, désires-tu venir ?
- Quoi ?
- Je suis dans une fête pleine de femelles en rut, tu viens ?
- J'arrive.
Nelson André arriva donc, vingt minutes plus tard. J'aurais du, il est vrai, l'attendre à la porte, car lorsque j'entendis une série de hurlement féminins " mais non monsieur ici c'est les toilettes des filles mais non monsieur lâchez moi monsieur mais non mais au secours ", je compris que Nelson était là. Intervenant rapidement, j'évitais un drame. M'excusant platement auprès de la jeune fille, je tentais de sermonner mon supérieur, tentative vaine et insensée car pour toute réponse j'eus droit à un coup de tête rotatif ponctué d'un "la gueuse je connais, c'est pas toi qui va m'apprendre comment on la serre ". J'étais il est vrai relativement dépité, car c'est certain qu'avec une lèvre éclatée, j'aurais du mal à plaire. Nous entrâmes dans la salle au moment où s'achevait une danse. Nelson me dit " Suis-moi, je te montre comment on s'y prend ". Il aborda une très belle jeune fille que j'avais plusieurs fois remarquée dans les couloirs de la fac. Je tentais de me dissimuler derrière mon supérieur.
La très belle jeune fille, au début de la soirée.
Je savais que les préliminaires sentimentaux n'étaient pas l'apanage de Nelson, j'en eus la preuve.
- Salut ma belle, commença Nelson. Je suis entré dans la salle tu vois, et là, je t'ai vue toi, ouais toi toute seule, je me suis dit : "mon Nelson, une poupée comme ça, elle peut être qu'à toi ". J'ai tout de suite reluqué comme t'avais des formes, comment tu m'inspires tu peux pas le savoir, je suis un artiste, tu es la matière, tous les deux on fera une œuvre d'art. Je te ferais bien une politesse ici même mais je crains de choquer mon disciple mou-du-gland (il me désigna), alors je te propose de partir et d'aller boire un verre dans mon mobile home.
- Nelson c'est ton prénom ? interrogea ladite belle avec une moue où je sentais poindre le dédain.
- Ouais c'est mon blaze bébé affirma Nelson.
- Tu dis des conneries, t'es lourd et t'as un prénom ridicule répliqua la jeune fille, avec une moue où cette fois je le voyais bien, le dédain.
Le problème, c'est que Nelson est susceptible. Il y a des hommes, pacifiques la majeure partie du temps et violents seulement quand ils ont bu. Nelson, lui, est violent tout le temps. Après ce qu'il a fait au visage de la jeune fille avec son cutter rouillé, je crois qu'elle ne plaira plus à personne.
Le cutter de Nelson, au début de la soirée.
Honteux, je partis m'asseoir à l'autre bout de la salle. La blessure à ma lèvre n'était pas si grave. J'étais un peu perdu dans mes pensées quand je vis Ragondine s'approcher en souriant. Elle est mignonne Ragondine, et elle me plaît beaucoup. Elle s'assit à côté de moi, et j'étais tout rouge et elle aussi et elle m'a demandé où j'étais et j'ai dit oh par là bas et je lui ai dit je te cherchais, Ragondine, et elle m'a dit moi aussi tu me manquais et j'ai regardé Ragondine
dans les yeux et je lui demandai si un jour on irait au Togo elle et moi et aussi je lui ai dit que je voyais dans son regard le reflet du mien et elle m’a dit c’est beau ce que tu dis et elle a souri très doucement et j’étais ému et elle m’a pris la main et elle s’est approchée de moi et moi aussi du coup et j’étais tout tremblant et j’ai bien vu que je m’approchais de ses lèvres et j’allais l’embrasser et…
- Alors Tioneb c'est elle la grosse salope dont tu m'as parlé ? Alors tu nous présente pas ? Salut, moi c'est Nelson, et toi ? Ragondine non ? Ah, le Tioneb, il est sentimental comme ça, comme tu vois, mais tu l'as jamais vu mater un film de burnes, haha aux oubliettes, le Tioneb sentimental, tu veux que je te dise ma garce et bien le…
- Monsieur, vos propos sont déplacés et bien choquants, osa rétorquer ma douce.
- Qu'est-ce que tu me coupes le flux verbal ?
- Je ne sais pas qui vous êtes, mais la grossièreté de vos dires révèlent une réelle frustration sentimentale, due à votre laideur et l'absence de charme et d'élégance dans tout votre être, répondit calmement Ragondine, en souriant de toutes ses dents.
Elle a bien fait de sourire de toutes ses dents, comme ça j'ai pu les admirer une dernière fois, parce qu'après que Nelson lui ait mis un uppercut dans la tête, elle doit plus en avoir beaucoup.
Ayant fait sa deuxième victime, Nelson décida de rentrer. Je ne savais pas quoi faire, face à cette Ragondine en sang, mais Nelson qui a toujours été bon avec moi m'a pris par le bras et m'a dit : "Viens, Tioneb, restons pas là ". Je marmonnais un " bon ben salut on se rappelle " en direction de ma mie et nous quittâmes les lieux.
On est donc partis dans le mobile home de Nelson, on a joué aux fléchettes et on plumé vivante une poule qu'il avait volée, " juste pour voir si ça saigne quand on les plume vivantes ".
Avec Nelson, on passe toujours de magnifiques soirées.
Suite à la menace de poursuites judiciaires, le Sixi6me Elément accorde un droit de réponse à Ragondine Dumoulin, citée dans le texte ci-dessus.
Je suis totalement indignée par ce torchon mensonger qu'à osé produire le dénommé Messire Tioneb! Et dire que j'avais mis toute ma confiance en cet homme que je croyais honnête, bon et gentil. Car la vérité, il en a fait fi.
Ainsi, il écrit que je l'ai lâchement abandonné au début de la soirée. Faux ! Je me suis juste éloignée de lui un certain moment et ce pour une raison très claire : était venu à cette soirée Xavier-Patrick, mon premier amour, enfin celui de 1996, qui sortait juste de prison. Je n'allais quand même pas jouer la malpolie et le laisser planter dans son coin sans venir lui parler !
Le point aussi qui m'a fait bondir sur ma chose, c'est la propension insensée qu'a eu Messire Tioneb à enjoliver les évènements, notamment à laisser croire que lui et Nelson André étaient des durs. Certes, le dit Nelson André est arrivé à la soirée saoul comme un cochon et s'est montré extrêmement désagréable, mais de là à le décrire comme un psychopathe ! Un lobotomisé, je veux bien mais sinon ... !
Certes, il a à un moment donné sorti son cutter mais Xavier-Patrick, lui, l'homme vrai avec un grand "o", il n'a pas eu besoin d'instruments pour fiche une torgnole bien sentie dans les lèvres de Messire Tioneb et dans les dents de Nelson André.
C'est même la queue entre les jambes qu'ils se sont sauvés fissa de la soirée, sous les huées des participants !
Mais le plus rageant, c'est que le lendemain, Xavier-Patrick, le nouvel amour de ma vie (ah ! qu'il est beau avec sa cicatrice sur le front et ses poils de nez qui dépassent coquettement !) a été dénoncé à la police pour recel de voiture ! Comment pouvait-il savoir que sa Fuego avait été volée par celui qui lui avait vendue ? Je suis sûr que ce sont les membres du Sixi6me Elément qui l'ont dénoncé !
Droit de réponse au droit de réponse
Suite à ce droit de réponse, Messire Tioneb a souhaité répondre à Ragondine Dumoulin.
Chère Ragondine,
J'estime t'être redevable. En effet, ta malodorante réponse m'a éclairé sur ta véritable personnalité, que tu m'avais jusque là cachée. Si j'avais la plume mesquine, je te qualifierais de je-fornique-avec-la-racaille, or ma manséatude étant unanimement louée et reconnue dans le milieu intellectuel, je préfère une diatribe développée et argumentée qui t'accablera, je n'ose pas en douter, dans l'esprit de nos chères lectrices et lecteurs.
Si je n'ai pas fait état de ta conversation avec cet illustre gredin qu'est ton ancien dominateur sexuel (je le dis sans plaisir, puisque c'est toi-même qui me l'avouas, et qui t'en vantas également auprès de mes parents-mauvaise idée d'ailleurs), si je n'ai pas étalé à la face du monde que tu te vois soupçonnée de complicité de larcin automobile, c'était pour te protéger, Ragondine.
Ragondine, je t'aimais.
Tu étais pour moi la flamme consolatrice, le fleuve de délices innondant mon coeur de pensées oniriques, tu étais mon double idyllique, ma seconde âme, tu faisais partie de mon être, et moi du tien. Quand je n'étais que ton soupirant, le bois de mon lit était pour moi ton corps que je caressais. Quand nous devînmes amants, tu représentais pour moi la quintessence de la Femme, le corps et le coeur idéal.
Mais tu m'as ôté ce bonheur.
Alors, oui, lecteur ! Ragondine a insolemment, sous mes yeux, accepté la cour de ce bellâtre ! Mais
tout c'est bien déroulé comme je l'ai écrit ! Qui m'accuse de mensonge est un calomniateur ! C'est Nelson qui a corrigé le manant, me voyant éploré ! Car Nelson, c'est un chef, un vrai ! C'est lui qui corrigé les gardes du corps de ce conteur-de-fleurette (certes, il s'agissait de ses deux frères, jumeaux de 8 ans).
Tu as voulu me morde, fallacieuse vipère ! Tu as désiré m'empoisonner de ton venin, toi qui te dis féministe alors que tu ériges un temple à la phallocratie en ouvrant les bras à l'ignare ancien détenu, quasi-analphabète, porté sur le désir futile et fugace plus que sur la poétique romance lyrique, et imberbe de surcroît !
Je t'adresse un ultime et condescendant soufflet, en t'affirmant haut et fort que la bague de fiancailles que je t'ai offerte venait certes bien de chez Cartier, mais pas Cartier le bijoutier : Cartier des Pompes funèbres, celui qui fait du trafic de dents...tu comprends maintenant pourquoi elle était en or, ta bague ?