- C'est qui Aldéric, c'est ton labrador ? interrogea Nelson.
- C'est mon enfant ! Il apprenait à marcher !
- Ah ben désolé, je faisais pas gaffe, je l'ai pas vu.
- C'est horrible ! Il faut que j'appelle la gendarmerie ! Mon pauvre petit Aldéric, je l'avais adopté il y a un mois !
A l'évocation d'une éventuelle intervention de la maréchaussée, Nelson prit peur :
- Attends, attends, du calme…
- Vous avez tué mon fiston !
- T'en referas un autre…
- Je suis stérile !
- T'en adopteras un autre…
- J'ai dépensé tout mon argent pour aller le chercher au Surinam !
- Tu feras don de son corps à la science…
- Don à la science nourrit la bonne conscience, approuva Bo.
- Bon c'est sûr, ça patinait, je croyais rouler sur une bouse, alors j'ai accéléré… du coup ça fait un don moins valable, surtout qu'on a oublié d'enlever les chaînes après notre week-end au ski…
- Je puis vous racheter le bras gauche qui me semble en bon état. En effet mon grand-oncle taxidermiste s'est également fait une spécialité de l'empaillage de membres humains, me permis-je d'ajouter.
La spécialité de Bernard Fonfreugneux, l'oncle de Messire Tioneb : le requin empaillé résistant à l'eau (si la mise à l'eau dure moins de 10 minutes).
La pauvre femme pleurait, tout doucement. Nous étions gênés.
- Allons, voyons, t'es une grande fille ! Tu t'en remettras ! lança jovialement Nelson en appliquant une grande tape amicale dans le dos de la néo-chagrinée.
- Jamais ! Plutôt mourir !
- Si cette option est votre désir le plus ardent, sachez que sous la roue avant, de la place il en reste largement, proposa Bo.
- Vous êtes infects ! Vous m'avez ôté toute joie de vivre !
- Alors tu vas t'arrêter de chialer, ma blondasse ! s'emporta notre supérieur. Je t'ai ôté toute joie de vivre ? Mais c'est quoi un gosse ? T'as qu'a t'acheter un clébard, ça fait pareil, et ça crève plus jeune ! Un gosse, un gosse ! Toutes les femmes en rêvent ! Moi je t'ai évité des couches à changer, des draps à laver, des baffes à donner, des insolences à encaisser, des études à payer, une bru à supporter ! Et toi t'es là, à te lamenter ! Tu devrais plutôt me remercier !
- C'est mieux pour lui qu'il soit mort, avec un prénom pareil, approuva Oodile.
- Il était stupide aussi d'apprendre à marcher sur la route, médisais-je.
- Un petit rebelle de mes deux avant l'âge. Déjà tout faire pour plaire aux filles, commenta Oodile.
- Il est certain qu'avec un œil en moins, il ne plaira point, confirma Bo.
- Bon, allez pleure pas, tu vois bien que c'était pas volontaire. Allez, on te ramène chez toi, suggéra Nelson.