Comme nous vous l'avions laissé entendre, le Sixième Elément vient de recruter un nouveau rédacteur, Bo Derek. Je précise qu'il s'agit d'un membre masculin, homonyme de l'actrice américaine, qui, si j'ai bonne mémoire, est décédée.
Après que Bo eut signé son contrat l'unissant aux laborieuses souffrances endurées par Oodile et moi-même, nous partîmes festoyer, d'humeur fort badine il est vrai, nous réjouissant d'être maintenant trois employés pour médire de notre rédacteur en chef.
Malheureusement, Nelson décida de se joindre à nous. " La beuverie, c'est mon fort". Nous montâmes donc dans la Fiat quatre roues motrices de Bo. Nelson ayant insisté pour prendre le volant, nous achetâmes en secret des sacs à vomi dans une station service avant de prendre la route de la salle des fêtes de Plounoc-le-Vallon.
Nous fûmes bien inspirés, car personnellement le mien était rempli au bout de cinq cent mètres. Nelson se retourna, et tout en conduisant parfaitement à l'aveuglette, me lança divers jurons dont je vous ferai grâce, habitués que vous êtes aux remontrances du chef. Sauf qu'en roulant de nuit sans phare et sans regarder la route, ce qui devait arriver arriva, à savoir un choc, à l'entrée d'un petit hameau.
La superbe Fiat de Bo.
Oh ! Nous aurions pu heurter un fossé, un lapin de garenne, un chien errant ; mais non, cher lecteur !
En descendant du véhicule, Oodile, Bo et moi - Nelson étant resté dans l'automobile, fort courroucé (" Dégagez les restes, si c'est un truc comestible, on le bouffera "), nous vîmes un petit landau, tout neuf, avec des hochets et un ours en peluche. Une jeune femme, l'air hagard nous observait.
Bo intervint : " Madame, de votre ire nous ne voulons point, nous quémandons votre pardon, pour cet accrochage qui n'a, au vu des conséquences, d'accident que le nom " (l'expression de notre nouveau collègue a la particularité d'être souvent versifiée). Ladite madame insinua le doute dans notre espoir d'un zéro victime lorsqu'elle cria "Aldéééééééricccccc !!!!!!! Aldéééééééric !! O, mon Aldéric, où es-tu ?".
Les hurlements firent sortir un Nelson fiévreux d'impatience de l'automobile italienne.
" Quoi se passe ? Pourquoi elle gueule ? "
Je lui expliquais qu'elle appelait un certain Aldéric, ce qui fut confirmé par une salve identique : " Mon Aldéric, qu'en avez-vous fait ? Mon petit !!! Mon tout petit ! ". Ce fut la pâleur du visage d'Oodile qui attira notre regard, à Bo et moi.
Effectivement, sous la roue droite de la voiture, gisait ce qui pouvait ressembler à un Aldéric. Un garçonnet, un bébé même…le pauvre petit, sa tête était dissimulée sous la roue (heureusement qu'il ne se nommait pas Dominique, autrement l'identification sexuelle avec le visage seul aurait été fort ardue).