Il y a un mois, j'ai fait la connaissance de Jean Gnou. Jean Gnou se présenta comme étant passionné de littérature médiévale, de préhistoire et de photographies de boîtes de conserve. Je le rencontrais lors d'une conférence sur Ziouknov, critique universitaire et inventeur de génie du couteau sans lame.
Les propos tenus par une assemblée de doctorants et de chercheurs émérites m'égaraient quelque peu, car je dois dire que je m'étais rendu à cette conférence pour accompagner Oodile qui devait présenter l'avancée de sa thèse consacrée à la thématique de la lobotomie chez les batraciens népalais dans l'oeuvre de Ziouknov.
Gnou était aussi venu pour soutenir sa jeune cousine qui planchait quant à elle sur la relation épistolaire à trois entre Ziouknov, Errol Flynn et Jean Lefebvre.
Tandis que Gnou s'en était allé chercher sa parente, je m'efforçais de rester éveillé au moins pour l'intervention d'Oodile. Elle devait à un moment de son discours citer le texte d'une savante dont elle n'arrivait jamais à se souvenir le nom et je devais lui souffler ce patronyme quand elle se gratterait le nez.
La pauvre Oodile avait oublié ses notes, alors que ses confrères voyaient leurs pupitres débordant de pages griffonnées de références bibliographiques et de citations. Un éminent professeur maltais édenté en short à bretelles achevait son exposé et Oodile prit sa place à l'estrade, non sans avoir cherché mon regard dans la salle. Une petite heure à passer, pensais-je.
Le désespoir laissa soudain place à un étrange sentiment lorsque Gnou revint avec sa cousine qui s'assit à mes côtés, au fond de la salle.
Sa cousine était suédoise, il me l'avait dit, et pour des raisons infondées car basées sur des stéréotypes je supputais que Poitevine-Suzyberthe (c'était son prénom) serait conforme à l'image physique que je me faisais de la belle-et-grande-et-blonde-suédoise.
J'avais donc un a priori particulièrement positif.
Je fus par conséquent confronté à un passionnant et efficace argument sur le thème de l'exception confirme la règle. Poitevine-Suzyberthe était pour moi la personnification esthétique d'une gangrène généralisée.
Lorsqu'elle me salua de deux bises, j'eus l'impression que ma tête avait été plongée dans une fosse septique familiale au contenu post-culinaire.