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  Edito
 
L'édito



Bonjour. Je m'aperçois que depuis quelques temps, on me prend pour un autre. Et ça m'ennuie beaucoup.

Samedi, 19h, au supermarché voisin, alors bondé, c'était à mon tour de passer à la caisse. La file derrière moi était longue. Je bonjournai d'un sourire constipé la caissière assise depuis la matinée sur son tabouret en bois. Cependant, la future endolorie du postérieur ne décollant pas ses yeux de ma personne, je levais la tête, attendant que sa langue me produise une explication.

Consommateurs au supermarché
  • - Herbert ! Me lança t'elle. Herbert !
  • - Je ?
  • - Toi, Herbert, Herbert ! ahah Herbert, mon salaud !

Hautement surpris, je priai mon interlocutrice d'éclaircir les ténèbres de l'incompréhension dans laquelle elle m'avait plongé, sans compter que ses cris avaient fait se retourner les quidams consommateurs. Le dialogue reprit, dans le silence observateur des voyeuristes, silence seulement troublé par la forte musique du supermarché qui entrecoupait notre conversation.

  • - Ne me dis pas que tu m'as oubliée ! La soirée à la maison de retraite des Chrysanthèmes, le 30 avril 1981 ! On avait dansé toute la nuit, toi et moi !
  • - Mais non mais non je ne…
  • - C'est le weekend, c'est le weekend, chantait Lorie.
  • - Mais si, s'égosilla t'elle ! Et on était saoûls, alors on s'est laissé aller à à à à…! tu ne m'as jamais donné de nouvelles !
  • - Mais en 1981, je n'étais pas né ! fœtusai-je.

Le trouble gagnait l'assistance, à mon désavantage.

  • - C'est super, c'est le weekend, continuait Lorie.
  • - Gros dégueulasse, profiteur, commença une dame ménopausée.
  • - Lâche, fat, traître, poursuivit un chevelu.
  • - Tu me dois 23 ans de pension alimentaire, ajouta mon autodésignée ancienne moitié d'une nuit.
  • - C'est super, super, le weekend, acheva Lorie.

Je pus prouver ma bonne fois en sortant ma carte d'identité et ressortir du magasin, sous les regards néanmoins peu convaincus des clients repus de scandale.

Gonzague m'empale

Pas plus tard que mardi, une pareille mésaventure se renouvela. J'entrai dans mon immeuble, quand une voisine me pria d'aller planter un clou dans son appartement. Tâche périlleuse ; j'acceptais, mais je craignais pour mes doigts. Ma peur fut justifiée, je me retrouvais avec l'auriculaire en partie arraché. Ma voisine me contempla avec un sourire mystérieux :

  • - Tu n'es pas manuel ?
  • - Non, je suis Tioneb, haha, histoiresdrôlesdetéléZisais-je.
  • - Tu n'es pas très doué avec tes mains, mais je te connais un troisième bras particulièrement habile, susurra t'elle en se collant à moi.
  • - Plaît-il ? me raidis-je.
  • - Tu es Gonzago El Maestro, j'ai vu tous tes films, moi aussi je suis adepte, dégoulina t'elle de désir sur mon chandail cousu par ma mémé.
  • - Vous devez faire erreur, chère mademoiselle, rougis-je.
  • - Ne fais pas le modeste, tu es ma star, j'ai vu tous tes films, de Gonzague m'empale jusqu'à Viens faire le plein.

Devant tant d'entêtement, je consentis à mentir et à revêtir l'identité de son idole.

Cinq minutes plus tard, je fus définitivement démasqué.

  • - Pardon, je me suis trompée de personne, me fit-elle, gênée, en me fermant la porte au nez.

Malheureusement, le sortilège de la confusion s'est arrêté aujourd'hui. Nelson André n'a eu aucun mal à me reconnaître pour me rappeler que je devais rendre mon édito le plus rapidement possible. C'est pour ça que j'ai écrit ces conneries.



Messire Tioneb -

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