4 mars 2014. Déjà la veille avait mal commencé.
L'horoscope du premier magazine télé que j'avais acheté de ma vie m'annonçait que niveau climat général j'avais toutes les clefs en mains et qu'il me suffisait d'ouvrir les bonnes portes pour concrétiser un projet qui m'était cher.
Je m'imaginais déjà avec un trousseau de 10 kilos de clés.
Il est vrai que depuis les épisodes de décembre 2004 (voir article) j'avais été contrainte à changer d'identité et de région afin que les membres du Front de Libération des Marrons de la Haute-Vienne ne puissent me retrouver.
J'avais cédé mon emplacement caravane (de 200m²) au camping de Palavas à un couple de septuagénaires Belges, et avec l'argent je louais désormais un 9m² en Seine-et-Marne.
Ce matin là je m'éveillai comme d'habitude dans la douceur des informations fraîches, quand je me mis brusquement à rendre mon bol de cacao sur ma couette toute neuve.
Je venais d'apprendre que le député D. J., qui défrayait la chronique pour ses négociations ratées dans la libération des otages en Irak (et là je repensais à la douloureuse prise d'otage que j'avais récemment vécue... mon premier Noël sans dinde), était députe de Seine-et-Marne...
Merde, j'habite désormais en Seine-et-Marne... Oui mais moi je n'y étais pour rien, je n'ai pas voté, je le jure, je le jure, Seigneur, priez pour mon âme...
La journée commençait mal. Mes derniers vêtements potables étaient imprégnés de cacao.
Et le lendemain ne commença que plus mal. C'était le grand jour de retrouvailles avec les camarades Nelson, Bo, Tioneb, que je n'avais pas revu depuis une virée en Fiat Panda qui avait mal tourné.
Ce matin là je me rendis à Bastille pour acheter des petites enceintes actives pour mon walkman, ce qui allait me permettre de réécouter mon coffret intégral de Verchuren offert par grand-papa pour fêter ma libération.
Seulement il n'y en avait pas.
Je profitai de ma présence dans ce quartier pour acheter quelques produits exotiques (des bananes plantains et une igname de 2 kg) et rendre une petite visite à mon amie Evelyne, qui habitait dans le coin.
Créatrice de mode dans le déchet, elle venait d'inventer les mouchoirs en papier en format rouleau. Quelle belle invention pour tous les rhinitiques.
Grégoire Verchuren, fils du cousin par alliance d'André; la nouvelle coqueluche des dancefloors des capitales européennes.
Le mouchoir se déroule petit à petit. On peut couper la longueur qu'on veut. Idéal pour les randonnées, car le mouchoir déroulant peut également dans les cas difficiles se substituer au traditionnel rouleau de papier toilette.
Evelyne m'offrit le thé. J'ai malheureusement oublié l'infusette en partant, infusette à thé qui selon la théorie de son compagnon Matthew, permet de s'enrichir si on se ressert de l'infusette plusieurs fois au lieu de la jeter après une seule utilisation. Merde. Toujours pauvre.
Enfin il était trop tard pour aller récupérer l'infusette, je devais vite aller acheter ailleurs mes enceintes me rendre au comité annuel de direction des membres du Sixi6me Elément.
Malgré la description détaillée que j'avais faite de ma personne à mes comparses (chaussures bleues, chaussettes bleues, pantalon bleu, pull bleu, manteau bleu et bonnet blanc), Bo, Tioneb et Nelson ne m'avaient pas immédiatement reconnue.
Il est vrai que j'étais arrivée habillée dans un costume de Schtroumpf, que j'avais volé la semaine précédente à un enfant qui était venu quémander à ma porte des bonbons pour le carnaval.
Il faut dire que je ne voulais pas arriver à ce rendez-vous nue, comme Tioneb me l'avait suggéré, et que je n'avais vraiment plus de linge propre pour me vêtir.