Il m'est arrivé l'autre soir une histoire bien étrange.
Après de rudes heures à mon labeur, je revenais, sous un vent glacial, à mon studio de 21,99m² qui m'était une bénédiction par la chaleur qu'il me proposait. Il faisait bien sûr déjà nuit lorsque je pénétrai dans le sombre vestibule. Marchant sur le contenu d'une poubelle éventrée, devinant par mémoire plus que par acuité visuelle les emplacements des pièges à rats qui avaient apparemment, pour certains, déjà fait leur œuvre, je gagnais mon meublé. La forte odeur de moisi qui y régnait n'inspirait la joie du retour dans le home sweet home qu'à son locataire et c'était tant mieux car je n'aime pas qu'on vienne chez moi.
Le studio de Messire Tioneb se trouve dans l'igloo du milieu.
A part, bien sûr, madame Ponetluscov pour faire le ménage au noir à 3 euros de l'heure contre mon silence sur ses activités de péripatéticienne biélorusse sans papier menacée de mort par son ancien maquereau.
Bref, ma surprise fut bien grande en entrant dans ma caverne conventionnée, ou plutôt en pénétrant dans mes toilettes. En effet, pris d'une furieuse envie de me lancer dans un opéra à la Boulez, je ne quémandais pas la permission du trône pour y poser les jumelles moins charnues que velues afin de me lancer dans un art abordable par tous.
L'ennui m'atteint lorsque, désirant actionner le système de vidange hydraulique (la chasse d'eau, quoi), le tout se révéla bloqué, à mon grand regret, vous le saisirez. L'ire me vint aisément, ce qui m'amena, avec une rage non contenue, à ouvrir le capot qui couvrait le fonctionnement interne de la chose et que ne vis-je, mes enfants, que ne vis-je !
Une tête !
Outrageusement décapitée, cela va de soi. Cette malheureuse moitié semblait là depuis peu et passées l'horreur et la gêne, ce fut la terreur qui prit le dessus. On avait donc ourdi un complot contre moi c'était évident ; la boule chevelue dégouttant d'eau retirée me confirma que la Robespierre-style-deheading était récente.
L'idée me vint prestement d'appeler à l'aide la noble maréchaussée, mais le coup fut rude : ma ligne téléphonique avait été honteusement sabotée et je ne pouvais lancer ma supplique téléphonique à la police afin qu'elle m'octroie son assistance.
Le désespoir guettait mon auguste être. Soucieux de m'extirper de ma demeure désormais peu accueillante, je glissais vers la porte d'entrée et tournai vivement la poignée qui n'ouvrit en rien la salutaire issue. Une personne, qu'en temps normal, j'aurais qualifiée de malicieuse coquine m'avait clos dans mon propre cloaque. Je me jetais de désespoir sur mon lit jamais fait.