Une tête, un tronc, ne manqueraient plus que les membres, osai-je ironiser. Et cet homme capé, ce Fuzzati à la faux qui m'annonçait mon admission au Klub des défunts, ce vil gland décharné et encroûté de roustons sébaciques qui me menaçait !
Pourquoi m'en voulait-il ? Pourquoi devais-je mourir ? Qui était-il ? Quel était le propriétaire du tronc et de la tête ?
Une seule solution : passer par la fenêtre, ce qui m'avait été impossible la veille au soir : les volets étaient mystérieusement gelés.
Après ma descente en rappel (oui bon, c'est vrai, je vis au rez-de-chaussée), je me rendis chez Oodile, 26, rue des Abattoirs. Je n'étais jamais allé chez elle. Parvenant au bout de la rue, je ne vis pas de numéro 26. Je mendiais à une mendiante l'information sur ce détail gênant. Elle s'enfuit en me voyant : " Non maître ! Non maître je n'ai pas parlé " Kayser-sösie-a-t'elle.
Bo saurait sûrement me répondre. J'allais dans le bistrot qu'il fréquentait les soirs en rentrant du boulot. Je m'assieds et il ne tarda guère à entrer, TTC aux oreilles.
- - Tioneb ? Que fous-tu là ?
Je lui expliquais la situation.
- - Oodile n'est pas chez elle ? Ca fait longtemps que je l'ai pas vue faut dire.
- - Pourtant vous êtes si souvent ensemble ! riais-je, malgré le contexte qui versait plus dans le Franz Kafka que dans le Patrick Sébastien.
- - Attends, j'ai bossé avec elle vendredi, chez elle, rue des Abattoirs.
- - Rue des Abattoirs ? Mais le numéro n'est pas bon ! m'étonnais-je tout en commandant des apéritifs et amuse-gueules.
- - Ouais mais faut que je te dise quelque chose…
La confidence sur canapés n'eut pas lieu car Nelson débarqua dans la salle du café en gloussant. Il nous vit, vers nous vint, visage velu, vin voulu, vodka eut.
- - Ah les gars je suis de bonne humeur ce soir !
- - Ah ben pas trop moi, j'ai un blème, assieds-toi, soupirais-je.
- - Ne sais donc tu pas que tout problème a soit une solution, soit pas de solution, donc dans les deux cas, il est vain de se préoccuper ? sourit Bo.
- - Ah ouais c'est de qui ça ? demandai-je.
- - Du Grand Bouddha, brilla le jeune amateur de Joey Sakic.
- - Et tu ne sais pas que les problèmes ont tous des solutions, autrement ce ne sont pas des problèmes ? m'interrogea d'un air fin Nelson.
- - C'est de Bouddha ça aussi ?
- - Ben non c'est les Shadocks, t'as jamais regardé la télé, s'étonna mon téléobservateur de chef. Bon je t'écoute après, je vais me chercher une 1446 au comptoir.
Comme Bo faisait un avec son casque, semblant s'intéresser plus au sang sur le dancefloor qu'à ma personne, je me mis à réfléchir, tout en jetant un coup d'œil à Nelson, qui draguait sans vergogne un joli thon au comptoir.