Résumé de l'épisode 1 :
Messire Tioneb rentre chez lui, et découvre une tête dans ses toilettes ! Au-delà de l'aspect incongru de la chose, il s'inquiète et veut sortir de chez lui ! Mais la porte est fermée de dehors, le téléphone coupé. Enfin, un être humain de noir vêtu et dissimulé par une cape apparaît devant lui pour lui apprendre que sa mort est imminente ! Attention, épisode 2 !
La migraine visuelle dont j'étais victime au réveil fut occultée par la perception d'un tronc féminin, considérablement -pour ne pas dire entièrement- dénudé. Les mamelles fournies en protéines laitières ne me semblaient guère comparables à la qualité du pis bovin.
La date de péremption était sans aucun doute largement dépassée car, là est le détail crucial de l'affaire, tronc certes il y avait, mais tronc seulement il y avait.
Femme et lait
Tel l'asticot digérant, le tronc macérait dans une lie noirâtre, plus ou moins spongieuse, et dont l'origine se révéla être un orifice qui allait s'agrandissant au niveau de la bedaine.
Un magnifique intestin grêle et son contenu chocolaté garnissait précieusement la laiteuse peau sur laquelle moult masculines mains avaient du s'égarer.
Il va s'en dire que l'admiration que je fournis pour l'art post mortem a ses limites, et la digne amie cuvette ayant la gentillesse de se trouver à portée, je ne me fis pas prier pour m'y élancer et en réorganiser la coloration intérieure à l'aide de savants pastels, teintes exquises et exotiques nuances coucher de soleil-bain de boue, correspondant plus ou moins à mon déjeuner de la veille.
Les chutes du Niagara emportant en un sonore tourbillon les restes du quidam canard à l'orange (tout en le rendant à son état sauvage, je me souvins que la veille, j'avais copieusement garni mon système digestif d'un canard à l'orange), je me relevai et observai, plus que relativement mais moins que quiètement, la situation dans laquelle mon humble personne évoluait avec difficulté.
Chutes du Niagara
Tel l'automobiliste imprudent doublant dans un virage et se trouvant face à un poids lourd, je m'autorisais à m'exclamer du plus profond de ma gorge desséchée en direction d'un auditeur anonyme :
- -" Je suis dans la merde ! C'est pire désespéré que quand j'ai pas signalé la fuite de gaz à ma concierge dans mon ancien immeuble !".
[Et encore ! puisque que dans son ancien immeuble, d'une part, Messire Tioneb était en tort : il n'avait rien signalé - parce qu'autrement on lui aurait fait payer les travaux de réparation. De toutes façons, il n'y eut pas de témoins, une explosion de gaz ayant ravagé l'édifice et son contenu humain deux nuits après, lui excepté (notre Apollon-éditorialiste chevauchait alors au Bois, les mauvaises langues salivant qu'il était plus chevauché que chevauchant mais mettons un terme à cette glose et retournons au texte premier)].
- Et merde ! bissai-je, l'horizon noirci par un présent où le courant de la certitude était coupé.