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  Edito
 
L'édito

Editorial de rentrée - septembre 2005




Je sais, je sais, l'an passé pour la rentrée, le Sixi6me Elément avait présenté sa collection littéraire (voir ici). Mais cet été, Nelson André (notre rédacteur en chef, pour les ignorants), ayant fortement investi dans le PIB informel thaïlandais en y séjournant deux mois, dans le cadre du séjour gagné grâce à l'accumulation de bons d'achats Playboy, a épuisé la moitié des recettes publicitaires de notre bon site et a renvoyé dans les filets notre espoir de recruter un technicien PAO. Donc pas de mise en page de bouquins, donc pas de livres estampillés Sixi6me Elément.

La dulcinée estivale et thaïlandaise de Nelson André
Celle qui cet été fit redécouvrir à Nelson André le délicieux plaisir d'une bonne pipe.

Soyons honnêtes, on aurait vendu en trois ans ce que Houellebecq vendra en quinze minutes. Avant Plateforme, ce mec était considéré comme un très bon écrivain, connu d'un public relativement ancré dans le monde des lettres. Mais avec son avant-dernier ouvrage, le susnommé Plateforme, il a découvert (involontairement je crois) comment se faire connaître même par ceux qui ne savent pas épeler correctement le mot bibliothèque : se faire traîner dans un procès médiatisé pour insulte à la religion.

J'ai appris à lire relativement tard (à 21 ans, heureusement, ce qui fait que maintenant je suis en CM1), et c'était avec Houellebecq, Extension du domaine de la lutte. Ce fut bon, ce fut chaud. Ce type-là aurait du bosser au Sixi6me Elément. Il feintait assez l'être misanthropique par excellence pour pouvoir briguer le poste de sous-chef, mais Nelson a été assez bon pour me l'attribuer. Enfin, surtout parce que je ne réclamais pas de salaire.

couverture de Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq

Mais avant de connaître Houellebecq, j'avais déjà une vision négative du monde m'entourant. La vie m'est une brève période de souffrance entre deux périodes d'inconscience, une marche funèbre jusqu'au cercueil en bois construit avec soin et dévoré avec rapidité par la vermine carnivore et xylophage lassée des os de nos voisins sous-terrains.

Quand je regarde une belle fille, je ne vois pas une Vénus, je vois un cadavre en gestation. Je n'aperçois pas de longues jambes fines et glabres, je vois un muscle relâché bleuissant, dîner des vers. Lorsque j'admire son ventre, c'est la pensée de l'accumulation de bactéries intestinales infectant son organisme de champignons hostiles qui me vient à l'esprit.

Peu me chaut la chaleur d'un été ensoleillé, la beauté de la lumineuse journée de juillet n'est qu'illusion. J'ai découvert l'alternative : se déplacer, les beaux jours venant, dans l'hémisphère sud, afin de vivre un hiver perpétuel. Qui vit le ciel nuageux et supporte le froid craint moins la mort que l'amoureux du bronzage. Vladivostok forever, mon ami, et tu verras ce qu'est vraiment la vie.

couverture de La possibilité d'une île de Michel Houellebecq
Le dernier Houellebecq.

Je ne suis qu'un asticot grouillant dans le camembert humain, je suis la larve du pou naissant dans les cheveux de ton enfant. Je ne pense pas à ceux qui ont faim et je considère le prolétariat avec mépris, la bourgeoisie avec envie. Je suis un être abstrait médiocrement intéressé par la société mais passionné par les plaisirs égoïstes (laver mes caleçons, lire le manuel d'utilisation de mon lave-linge lorsque je suis à la selle, compléter ma collection de pantoufles usagées). J'aime m'observer, je suis ma propre encyclopédie. Quand j'étais enfant, j'emprisonnais les mouches coprophages dans des bocaux en plastique, mais je fus déçu en voyant que leur mort se limitait à l'inanition. J'aime la vue des me côtes saillantes sous ma chemise mal repassée, ce style Somalia 93' plaît aux filles de ma rue.

Une fois, j'ai commencé à introduire une épingle métallique dans la prise de mon couloir. J'avais 8 ans et j'aimais beaucoup MacGyver, mais ma sœur m'appris in extremis que le courant passait même quand les ampoules sont éteintes (j'étais persuadé du contraire). Ainsi la saine expérience de l'électrocution me frôla, et je ne finis pas dans le carré des enfants, dans le cimetière du village, là où ton petit bébé finira peut-être, amie lectrice, ami lecteur.

Mac Gyver
MacGyver le Grand

Je te conseille de t'habituer à pleurer chaque soir, en l'imaginant si fortement que tu t'en persuades, qu'un de tes proches est décédé. Ce bel exercice t'enseignera la quiétude de l'âme et le désintérêt total pour la moindre forme d'altruisme. Ainsi lorsqu'on viendra t'annoncer que ta femme et tes fils ont été broyés à un passage à niveau ferroviaire, tu pourras élégamment répondre à ton abasourdi interlocuteur de rappeler plus tard, car là, tu regardes le foot à la télé.

Ta vie ne sera donc jamais joyeuse, mais jamais noircie par le plus grand malheur humain : la désillusion. Regarde la quotidienne déjection du doberman de ton voisin sur ton paillasson et admets que tu deviendras la même chose dans moins d'un siècle. Tu seras quiet et stable.

Oh, tiens un rayon de soleil. Je vais vite fermer mes volets. A la prochaine, amie, ami, amis.

Michel Houellebecq, La possibilité d'une île, Fayard, 2005.
Id., Extension du domaine de la lutte, Michel Nadeau, 1994.


Messire Tioneb -

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