La gloire
La comparaison du duo (couple selon plusieurs magasines people) Tioneb/Nelson et Tony Curtis/Roger Moore (Amicalement vôtre) n'est certes pas visible au premier coup d'œil et pas forcément gratifiante pour les anglo-saxons, mais possible.
Comme eux, ils connaissent des aventures extraordinaires (distribuer Grosso Culo à la sortie de l'office protestant du temple -bondé- du bidonville voisin -bondé également).
Ils frôlent la mort plusieurs fois (Tioneb est employé au collage sauvage des affiches publicitaires sur les murs de la ville, ce qui lui vaut plusieurs interpellations par des sodomites policiers urbains et en conséquence une médaille d'argent dans le Guiness des records, section anatomie).
Les bureaux de Grosso Culo au temps de sa gloire
Mais surtout, ils se font des thunes grâce à leur playmate de couverture.
Jusque là rien d'original sauf que la playmate en question est obligatoirement atteinte de vexations physiques.
Entendez par là des difformes, amputées, laides, du lumpen-thon quoi.
Toi aussi t'es née à La Hague ?
L'approche esthétique marche fort et Grosso Culo explose son chiffre d'affaires grâce au numéro d'automne, Women from Tchernobyl, meilleure vente en 1986 puis hors série constamment réédité.
Roger Moore (aka Messire T.) se charge du recrutement et Tony Curtis (Nelson A.) de la technique.
" Du plaisir différent pour plus de plaisir " devient la devise du magazine dont la diffusion dépasse rapidement le cadre brésilien.
Acclamés de toutes parts, Nelson et Messire sont les rois là où ils vont. Jusqu'au jour où…
Femme fatale (version " on va pas faire les difficiles c'est la fin du monde ")
Quasiment asexués suite à la professionnelle fréquentation assidue de corps en charpie, les deux compères voient soudain un monde riche en possibilités s'ouvrir devant leurs yeux désormais délaissés de leurs ornières : Oodile Deret entre dans leur vie.
Quand elle affirme, effrayée, être la femme de ménage de l'appartement d'à côté et qu'elle s'est trompée d'entrée, Tioneb et Nelson se gaussent : mais non, elle est une apparition, un exemple même de la perfection féminine !
Toute la beauté d'Oodile se concentre dans le parfait équilibre de son corps : l'excellence même au vu des photos de nues semi-membrées éparpillées sur les bureaux des confrères.
Deux jambes (d'égale longueur !), deux bras, deux yeux (équidistants du nez !), des cheveux (qui poussent à partir du crâne !), c'en est trop : une femme idéale pour deux hommes, un conflit de jalousie se déclenche entre eux et fait des ravages.
Page 32 de Grosso Culo n°231 (en-tête d'un dossier sociologique sur Gilberte, femme à barbe et artiste)
Omettant les tâches incombant à leur profession, Nelson et Tioneb tentent de séduire l'Innocente et perdent temps et argent dans des pots au centre desquels siège leur Reine.
La fortune s'évapore, Oodile grossit et les ventes s'effondrent, et la haine que se portent les futurs-anciens propriétaires de Grosso Culo empêche toute poursuite de la collaboration.
Grosso Culo est racheté et les deux nouveaux chômeurs réalisent leur erreur : il se réconcilient, mais trop tard.
Oodile s'incruste, perd du poids, chatouille et susurre : rien n'y fait, le rêve est évanoui.
" La femme est une hérésie ", estime Nelson, qui, avant cette faillite, était de toutes façons aussi féministe qu'un vétéran du Klu Klux Klan.
Messire Tioneb qui a connu gloire, fortune et contrat publicitaire permanent avec l'engrais capillaire Deadbarthez devient méconnu, nécessiteux et chauve.
Tous trois prennent le premier bateau et s'en vont flotter vers d'autres cieux.
Mais…
La pauvreté a ses limites, la patience de Nelson André aussi.
Paraît qu'il en a marre que je ne respecte pas les horaires de rendu des articles pour une mise à jour du site effectuée au moment prévu
Cet édito n'aura donc pas de fin, désolé, mais j'ai pas envie de me faire virer.